un fossé à combler

Quand on réfléchit à l’histoire économique et sociale de la France des cinquante dernières années, on voit très bien me semble-t-il (je vais beaucoup généraliser dans ce billet, que mes lecteurs anglosaxons me pardonnent!) que les entreprises ont été en décalage avec l’évolution de la société, en particulier en matière de gestion des ressources humaines, d’ailleurs on disait « service du personnel » et on confiait cette activité à un militaire en retraite…Les salariés n’avaient que le droit de se taire et d’obéir aux ordres. Le symbole de cette période c’est la chaine de montage à l’usine. Pendant ce temps-là la consommation explosait, les moeurs se libéraient, l’urbanisation progressait, la pratique religieuse diminuait et la famille entamait sa révolution…Avec l’arrivée des baby-boomers sur le marché du travail, on s’interrogeait sur les transformations qu’allait provoquer cette génération (la première qui n’avait pas connu la guerre). De ce point de vue, mai 68 a été le signe de ce décalage entre les institutions et notamment les entreprises et la société, les accords de Grenelle ont posé quelques principes pour obliger au rattrapage et le cycle s’est conclu en 1982 avec les lois Auroux. (Naturellement, tout ça est à très gros traits et mériteraient des nuances que le cadre de ces quelques lignes n’autorisent pas vraiment.)

Pourquoi cette évocation sociologico-historique sommaire ? Parce que je crois qu’aujourd’hui ça recommence. Et ça recommence entre les RH et le 2.0.

Dans notre pays, que l’on regarde les infrastructures haut débit, qui sont déployées, les matériels (smartphones, tablettes et autres netbooks), qui se vendent, ou les services et applications, qui sont utilisés (de plus en plus de comptes ouverts sur de plus en plus de réseaux sociaux par exemple), l’engouement pour tout ce qui est usage plus ou moins averti plus ou moins intensif des médias sociaux est réel. Nos camarades du marketing, des ventes, de la communication ne s’y trompent pas: ils foncent, peut-être commettent-ils des erreurs, peut-être suivent-ils des fausses pistes, piégés qu’ils seraient par l’emballement médiatique sur telle ou telle innovation prétendument révolutionnaire…peut-être…mais ils sont là, ils observent les comportements des consommateurs, ils cherchent à s’adapter à cette nouvelle donne et s’efforcent d’en tirer parti pour remplir leur missions.

Et les DRH? aux abonnés absents! Tout ça semble ne pas les concerner…la technologie que voulez-vous! D’autres l’ont fait avant moi mais je veux enfoncer le clou: ce que changent les usages 2.0 c’est précisément que ça n’est pas de la technologie, c’est de l’organisation du travail, c’est de la gestion de projet, c’est de la reconnaissance, c’est de la motivation, c’est de la gestion des compétences, c’est du management, bref c’est des ressources humaines…Et donc les DRH et leurs équipes doivent être au premier rang de ceux qui s’intéressent à ces usages, produits, services, technologies (heureusement qu’il y a des précurseurs à identifier, contacter, rencontrer et…imiter!) pas parce que ce serait à la mode mais tout simplement parce que c’est leur métier, notre métier!

En attendant de vous retrouver sur Twitter, LinkedIn ou Viadeo, qu’en pensez-vous?

À propos de Olivier Paradis

Directeur des ressources humaines, mobilisé par le passage d'une gestion statutaire des RH à une gestion par les compétences, expérimenté dans l'alignement des politiques, objectifs, organisations et outils RH sur la stratégie des organisations, féru de SIRH et de nouvelles technologies pour l'entreprise
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10 réponses à un fossé à combler

  1. Eric Savina dit :

    Bonjour Olivier,

    Je vous rejoins tout à fait dans votre “coup de gueule” contre la passivité des RH face à cette évolution (révolution?). Je vais prêcher quelque peu pour ma paroisse mais lorsque j’ai décidé de lancer shareFLOCK, un service d’intranet social, je me suis demandé qui en seraient les prescripteurs au sein de l’entreprise. Les patrons, l’IT, les responsables de départements ? Non, pour moi il était évident que c’était le rôle des RH de s’intéresser à ce genre de produit. Après deux mois de beta, différents profils se sont montrés intéressés mais pas un seul responsable RH…

    Bon sang, mais que font-ils ??? Ne se rendent-ils pas compte que nous ne sommes qu’au début d’une période de changement qui va grandement affecter leur profession ? Le recrutement : par les réseaux sociaux ; la formation : par les réseaux sociaux ; la promotion interne : par les réseaux sociaux ! S’ils veulent se contenter d’établir des bulletins de paye, qu’ils continuent à négliger cette évolution.

    De plus, comme vous le dites fort justement, le web 2.0 et tous les services comme le mien ne sont que des outils au service de l’entreprise 2.0. Cette dernière notion est différente des outils 2.0 qui permettent d’y parvenir et les RH ont vraiment tous les atouts de leur côté pour accroitre leur rôle dans ce nouveau type d’organisation. Avec l’arrivée sur le marché du travail de millions de GenY qui les pousseront de toute façon à l’adoption de ces outils ainsi qu’à la « philosophie » 2.0, il est temps que les RH comprennent cela s’ils ne veulent pas être laissés derrière…

    Eric, un GenX qui pense comme un GenY et qui regrette qu’il n’y ait pas plus de RH qui en fassent de même…

  2. Ping : Twitted by danslenuage

  3. Ping : Twitted by caroleblancot

  4. MSébastien dit :

    Hello

    Il serait intéressant quoique bien plus déstabilisant de savoir d’où vient l’expression « Ressources humaines » en lieu et place de service du personnel.

    Un indice pour connaître l’identité de l’auteur du concept des ressources humaines :

    M—–E

    A bientôt

  5. MSébastien dit :

    M – - – - – E

    C mieux comme ça

  6. Ping : Twitted by TalentSoft1

  7. Ping : Twitted by CDESBARGES

  8. Je découvre seulement ton très juste billet.
    Je partage complètement ton avis : beaucoup de DRH ont pris énormément de retard sur ces problématiques. Au mieux ils en ont conscience.
    La profession a déjà souvent perdu la bataille ‘reward’, ‘compensation and benefits’ pendant la période de crise au profit des CFO.
    Ils sont en train souvent de passer à côté du chantier ‘entreprise collaborative’ et ‘HR-marketing’… Mais pas tous…
    Si les CEO sont souvent parties prenantes dans ces problématiques, on voit parfois le marketing se mettre au RH voire certains managers de ligne lancer des initiatives. Des professionnels RH extérieurs à l’entreprise, consultants, éditeurs, les clubs RH, sont très actifs les derniers mois.
    A suivre par exemple, les suites du congres 2011 de RH tribune en Belgique… dont le sujet sera les RH 2.0…
    Soit, regardons ce qu’il se passe ailleurs, là où ‘HR is dead’, là où la fonction est souvent nommée « Responsable Personnel, Organisation et communication »
    En tout cas à coup sur des mouvements importants à attendre (espérer) en 2011.

  9. Olivier Paradis dit :

    Merci Eric, merci Frédéric pour vos commentaires (merci également à tous ceux qui ont twitter à partir de ce billet).
    Au-delà du terrain d’entente qui nous réunit, je m’interroge sur ce que seraient les sources ou les causes d’une action en comblement du retard enregistré: l’irruption de la génération Y? les modifications du processus de recrutement ou au moins du sourcing? l’apparition d’un intranet 2.0? autre chose?
    La discussion n’est pas close!

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